Friday, 26 November 2010

Deux documentaires tunisiens au rendez-vous


Deux cinéastes tunisiens, Hichem ben Ammar et Kaouthar ben Hania, participent depuis quelques jours au Festival International du Documentaire d’Amsterdam (IDFA). Il n’est pas si facile, encore moins fréquent, de voir nos cinéastes participer à des festivals de haut niveau. Les raisons sont loin d’être évoquées en quelques lignes. Toujours est-il cette participation mérite amplement d’être mise en valeur.
Hichem ben Ammar est un vieux routier de la cinéphilie tunisienne. Il vient de la critique de cinéma. Ancien président de l’Association Tunisienne pour la Promotion de la critique Cinématographique, il a choisi avec entêtement de se vouer au documentaire. Il réalise, produit et même il en organise un festival. Tout ceci s’inscrit dans une démarche cohérente.
Kaouthar ben Hania vient aussi du milieu associatif. Elle est issue de la Fédération Tunisienne des Cinéastes Amateurs d’où venait aussi Hichem ben Ammar. C’est là qu’elle fait ces premières armes avant de suivre une formation académique à Tunis puis en France. Elle aussi s’est très tôt engagée sur la voie du documentaire en tant directrice artistique de Doc à Tunis. Après avoir fait quelques courts métrages. Là elle passe à une vitesse supérieure.
Les deux cinéaste se retrouvent dans l’un des, si ce n’est Le, plus grand festival de documentaire au monde. Ben Ammar vient présenter Un Conte de faits dans une section parallèle du festival, l’antichambre de la sélection officielle ; l’autre est en lice pour le prix de la première œuvre avec Les Imams vont à l’école. Le premier est une pure production locale, tunisienne ; le second, une Coproduction franco-imaratie, est présenté comme un film français. Pourtant, si les deux films ont pu avoir cette visibilité c’est qu’il relèvent en un sens, le pari de l’universalisme tout en restant poche de l’environnement réel dans lequel les films sont faits.
Hichem ben Ammar, depuis ses premiers documentaires avait rompu avec deux fardeau du genre sous nos cieux : la folklorisme et le misérabilisme. Par son style et par le choix de ses sujets, il se situe dans la modernité la plus évidente. Son nouveau film s’inscrit dans cette continuité. Ce qui arrive à Anas, le jeune musicien prodigieux, pourrait arriver à n’importe quel enfant dans le monde. C’est pourquoi, il est confronté au challenge de se mettre au niveau de n’importe quel jeune du monde en rejoignant l’école londonienne de musique qui est effectivement ouverte à tout les jeunes du monde. Mais c’est aussi le défi du père d’Anas qui s’accroche à son droit de donner à son fils toutes ses chances.
Comme Anas se réclamant de toute la musique du monde, le réalisateur se pose comme défi de prendre sa place sur la scène du documentaire la plus en vue au monde. Le film est passé auparavant et entre autre au festival de Milan qui est destiné aux cinématographie du Sud. La sélection à IDFA vient confirmer le droit à l’ambition universelle. Le prix est simple, rigueur et confiance en soi.
Kouthar ben Hania est aussi fidèle à son contexte. Pour elle c’est sa condition d’émigrée en France qui l’inspire. A l’ère du clash des civilisations, à l’ère de la question problématique de l’intégration et de l’éveil des débats identitaires, la jeune réalisatrice est interpellée par l’une des mesures prise dans le cadre de la nouvelle politique de l’émigration en France : la formation des Imams et aumôniers musulmans. Avec Humour, Ben Hania, montre comment un phénomène est pris avec légèreté finit par touché des valeurs fondamentales de la démocratie et des droits de l’hommes dans le pays de la République. Même si le film se veut trop démonstratif et l’argumentation manque de force intellectuelle et verse très peu dans la nuance (il y a chez la cinéaste une volonté de faire un acte politique plus qu’un acte de pensée) l’engagement de la cinéaste impose le respect. Et quoi de plus respectueux que d’être dans une telle compétition.
C’est la consécration d’une démarche honnête, intellectuellement parlant. Par son film, Ben Hania se prend position entre sa culture d’origine d’une part, et le débat très actuel qui anime, souvent avec passion d’ailleurs, les sociétés d’Europe. C’est un challenge de taille que de vouloir prendre part à un débat aussi complexe et aussi exigent que celui de la cohabitation des cultures et des religions.
Voilà ce un peu qui se passe avec ces deux cinéastes de deux générations différentes. En fait il vaut mieux être positif et parler plutôt des raisons qui rendent ce type de présence sur la scène internationale possible. Le secret, semble-t-il, réside dans la conviction qu’il faut avoir une certaine rigueur dans le travail doublée d’une profonde conscience du fait que le cinéma est à la porté de tous pourvu qu’y met l’énergie nécessaire. Mais pour cela il faut être exigent avec soi-même et prendre son travail de cinéaste au sérieux pour avoir cette confiance en soi et de-là se dire : moi aussi j’ai ma place et en toute légitimité.

Sunday, 14 November 2010

JCC; the lost vocation


Every two years a special event takes place in Tunis (Tunisia) since 1966. It is called Carthage Film Days. This year the 23rd edition was held from October the 23rd to 31st and there was somehow a bad feeling of a lost vocation of the event. One could notice obviously and regrettably.
This film festival was created by African pioneers in the sixty’s. One of them, M. Tahar Cheriaa made his last appearance one evening during the festival when an association called Cultural association Africa-Mediterranée decided to give him a tribute. Few days later we knew that he passed away. The festival missed even to say good bye in a proper way to his founder and creator.
It seems, after the death of Henry Duparc (Ivory Coast) Sembene Ousmane (Senegal), Sotigui Kouyaté (Mali), that a generation is disappearing. The worse is that a spirit and a kind of ideas are also going away.
As in every edition and according to the philosophy of the festival, Cartage Film Days should be a festival with a special focus on two cultural branches of Tunisian identity : African and Arab cinema. Unfortunately, one could notice the obvious tendency of the directors to focus more and more on the Arab part.
The festival is then less colored, let’s say. Going around in the festival areas you could hardly meet black African professionals. Their numbers during the last editions is getting smaller and smaller. This means a lot.
Those who remember the eighty’s could witness this regression. Film lovers remember with nostalgia the first price of this festival for ever (the golden Tanit) when Sembene Ousmane participated at the first afro-arab competition here in Tunis in 1966.
The eighty’s where the years where professionals from the north of Africa and from the sub-Saharan area could meet in the hotels of the Tunisian capital and talk about the ways to promote their image, and to fight together against the imperialist image of the north.
Something is lost. This is the terrible conclusion one could make.
The program contains in fact films from both regions, in all sections. But there is no balance at all. As a matter of fact only three black countries where represented in the official competition of features: South Africa with State of violence by Khalo Matabene and Shirley Adams by Olivier Hermanus, Uganda with Imani by Caroline Kamya, and Kenya with Soul Boy by Hawa Essuman. This focal competition contains fourteen films.
As for the rest we notice the presence of big production countries like South Africa and Egypt with two features each in the competition and the organizing country, Tunisia, with three films. Clearly the festival looks more to the north, or the east but surely less to the south.
The screening the A screaming Man by Chadian film maker Mahamet-Saleh Haroun in the opening ceremony, is supposed to be a nice alibi for the organizers to compensate the deficient balance of the official selection, and the partisan prejudiced vision of this edition.
The tribute to Malian actor Sotigui Kouyaté could not help neither. His program was one among five others dedicated to Arab and North African artists : Rachid Bouchared (Algeria), Hyam Abbas (Palestine), Ghassan Salahab (Liban), Atyat Abnoudi (Egypt).
Of course when you make this kind of statement, you can’t be surprised by the final result. Generally the awards are depending of the quality of the selection. In addition to that, it seems that the jury of the 23rd edition of the Carthage Film Days, headed by Haitian film maker Raoul Peck, was coherent with the general atmosphere of the festival.
The three main awards went to Microphone by Ahmad Abdalla (Egypt) Golden Tanit, Voyage to Algers by Brahim Bahloul (Algeria) Silver Tanit and The Mosque by Daoud Aouled Syad (Maroc). It would have been better to dedicate this edition to North African cinema, then.
Never by the past, and during more than forty years, was the northern absurd orientation so heavily noticed.
Once upon a time, Africa was united around film culture and industry. It seems that this was a dream like a lot of other things. Carthage Film Days had even a twin brother, the fespaco, in Ouagadougou. It seems also that things are going to the other direction and North African cinema is no more considered really as part of African image. The next edition is announced for the end of February. Let’s wait and see.

Saturday, 9 October 2010

Venus noire, ou le procès des temps modernes


Abdellatif Kechiche passe pour le cinéaste de l’émigration et de l’exile. Cela se faisait sentir dans ses trois premiers film ; La Faute à Voltaire, L’Esquive et La Graine et le mulet. Avec Vénus Noire, il place le débat à un niveau supérieur. Si dans les premiers films il s’était intéressé à des histoires présentes au sens de peinture de la réalité du point de vue de l’émigration, avec son nouveau film, c’est encore le présent qui l’intéresse, mais avec une dimension de plus que lui fournit un débat « en France » autour de la restitution de la « dépouille » de Sara Baartman à son pays d’origine, l’Afrique du Sud
Il s’agit d’une histoire triste et pesante de tous points de vue. D’aucun ont en effet reproché au réalisateur une certaine longueur et ont trouvé que les scènes où l’on voit Sara dépouillée de toute son humanité et exposée comme un monstre curieux aux publics européens ou aux scientifiques étaient d’une durée exagérée. Elles auraient gagné à être écourtées ou leur nombre réduit. Cependant, outre le fait que du point de vue dramaturgique ces scènes ne sont pas fortuitement répétées mais chacune apporte une dimension supérieur et une autre profondeur au film, il semble qu’elles ont eu l’effet psychologique escompté : interpeller la conscience du spectateur et le toucher dans son corps même le poussant jusqu’à la limite de ce qu’il pourrait supporter.
Effectivement, que signifie la gêne d’un spectateur du 21ème siècle assis dans un fauteuil confortable face à ce que Sara a enduré pendant des années et des années ? Que signifie le confort du monde moderne face à ce que l’Afrique a enduré pendant des siècles d’esclavage, de déportation, de colonialisme, de néo-colonialisme… ? Que le spectateur se sente dérangé ce n’est pas seulement une question de gout ou de sensiblerie au sens banal du terme.
On peut bien y voir une conscience tirée en dehors de sa fausse tranquillité. On ne peut pas avoir la conscience tranquille quand a été capable de la pire des injustices. On ne peut pas avoir la conscience tranquille quand on a été responsable des malheurs du monde des siècles durant. On ne peut pas avoir la conscience tranquille quand on voit de ses propres yeux comment le confort au Nord a comme prix les souffrances et les sacrifices de tant de vies du Sud gaspillées dans l’humiliation et l’abjection. Bref, on ne peut pas avoir la conscience tranquille quand on voit le passé, qui semblait lointain et révolue, remonter du fin fond des caves des musées européens pour accuser non pas ceux qui ont été capables des injustices seulement mais ceux qui les perpétuent encore.
Dans ce sens-là, suffit-il qu’un pays fasse voter une loi pour se libérer du poids de la mauvaise conscience ? Restituer les restes du corps d’une femme dont le seul crime aura été d’avoir existé au mauvais côté et au mauvais moment de l’Histoire est-il jamais suffisant pour réparer ce qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Tout pousse à croire que la réaction de rejet presque physique face à ces scènes relève de l’aveu de l’impossibilité de réparer quoi que ce soit. En refusant de voir les scènes d’exhibition répétitive de Sara Baartman, le public occidental avoue son échec à se regarder en face et reconnait un mal dont l’Occident est coupable.

Wednesday, 29 September 2010

The Confiscated Image


Vanuit het Zuiden (in english From the South) and Middle East Culture announce the upcoming release of the new book by Hassouna Mansouri about the cinema of the South (The Confiscated Image):

L’Image confisquée : le cinéma du Sud, ce cinéma (de) subalterne

For more informations, please ontact :
Sillat Media
editor@sillat.com
Tel : +31756406771

Sunday, 26 September 2010

L'Image confisquée, le cinéma du Sud, ce cinéma (de) subalterne


Le nouveau livre, L'Image confisquée, le cinéma du Sud, ce cinéma (de) subalterne, sera bientôt sur le marché. Pour commander dès maintenant votre exemplaire vous pouvez contacter l'association Vanuit het Zuiden - Amsterdam.

Vanuit het Zuiden (ou Depuis le Sud) est une organisation culturelle européenne qui réunit des artistes et des intellectuels de l’émigration installés en Europe. Elle est née de la volonté de défendre le droit à tous d’accéder à la culture mondiale et d’y contribuer. Elle entend mettre en valeur le rôle de l’émigration dans l’enrichissement des cultures européennes et celles du monde. Aussi entend-elle jeter les passerelles de la solidarité et de la tolérance entre les différentes communautés et sociétés à travers l’Art et la Culture.

Saturday, 11 September 2010

Kechiche met la barre au plus haut.


A Venise la Tunisie est représentée par deux de ces enfants : Raja Amari est membre du jury de la section Horizzonti et Abdellatif Kechiche vient présenter sont quatrième long métrage, Venus Noire, en compétition officielle. Les deux réalisateurs sont en fait des habitués de la Biennale. Il y sont très souvent venus. Le nouveau film de Kechiche est particulièrement attendu cette année non pas parce que ce réalisateur a toujours eu du succès au Lido, mais parce que le sujet du film est extrêmement spécial cette fois.
Kechiche a choisi de raconter une histoire qui remonte au début du 19ème siècle. Mais il ne s’agit pas d’un film historique au sens traditionnel du terme. Les évènements commencent certes en 1815. Le film reconstitue par les costumes, les accessoires et les décors en effet l’atmosphère de l’époque. Mais Kechiche reste profondément plongé dans une actualité brulante, puisque son personnage meure à cette époque-là, mais il n’est enterré qu’en 2002. L’histoire est l’une des plus intrigantes de notre époque et l’une de celles qui traduisent avec une grande éloquence l’absurdité des rapports entre les différences.
Venus noire est l’histoire vraie de Sarah Bartman dite « Saartjie », une femme vraiment pas comme toutes les autres, pas comme nulle autre. Charles Baudelaire l’avait nommée « la maitresse des maitresses ». Dans sa vie elle en a vu de tout. Esclave chez les afrikaans en Afrique du Sud, puis domestique, elle est amenée à Londres pour être exposée comme une curiosité de foire. Ensuite elle fait l’objet des caprices de la hautes société parisienne avant de faire l’objet d’investigations scientifiques sur les traits curieux de son anatomie.
A cette époque le rapport final servit d’arguments pour les esprits tordus qui cherchaient à justifier leur comportement et politique colonialistes en s’appuyant sur des idées racistes et absurdes. Au début des années 90, et à la fin du régime aberrant de l’Apartheid, l’Afrique du Sud gouvernée par l’ANC, le parti de Nelson Mandella, réclame à la France les reste du corps de la femme au sort bizarre. Jusqu’ici les organes et les squelette étaient exposés au Musée de l’Homme à Paris et en était la propriété.
Il semblerait que la restitution symbolique de ce corps à sa terre natale avait suscité chez Abdellatif Kechiche une réflexion sur l’actualité des rapports entre le Nord et le Sud et plus précisément entre l’Europe, son passé coloniale, et sa politique actuelle à l’égard du continent noire. Sarah Bartman dans le film est plus qu’une réalité historique, elle est une réalité politique non pas au sens étroit mais au sens le plus profond. La Vénus noire est la métaphore de cette Afrique admirée, aimée mais aussi usée et exploitée jusqu’à l’os au sens propre et au figuré.
Depuis son jeune âge dans le petit village prés de Cup Town où elle est née, Sarah a servi des homme blancs. D’abord esclave, puis mariée à un afrikans qui la largue. Celui qui la prend comme domestique ensuite lui fait miroiter le succès et la gloire en la faisant monter sur scène comme un monstre exotique dans la foires européenne tout en lui faisant croire que c’est le chemin vers le monde du spectacle. Son corps qui devait être sa richesse en est devenu une malédiction. Après avoir été montré comme une curiosité, il servira de chaire à consommer dans les maisons closes des bas fonds parisiens. Ayant pris en elle tous les maux du monde, elle s’éteint alors qu’elle n’avait pas encore la trentaine.
Mais l’exploitation mercantile de ce corps magique ne s’est pas arrêtée avec la fin des souffrances de la vie. Au-delà de la mort, l’Europe et ses scientifiques, continuera a puiser ce qui est encore utilisable en elle. De son vivant, Sarah n’a jamais autorisé les scientifiques regroupés autour du professeur George Cuvier de s’approcher de ses organes génitaux. Lorsqu’elle est morte, l’Académie Royale de Médecine s’est procuré de la manière la plus minable la dépouille qui servira à justifier les inégalités qui sévissent encore sur l’ordre du monde. La mutilation du cadavre de la Hottentot Noire est présentée par Kechiche comme le viol le plus abominable à l’image de toutes les violences et les absurdités que l’Afrique continue de subir au nom de l’aide au développement. Plus qu’un film de reconstitution historique, Venus noire est donc une mise au point sur l’aberration des rapports entre les différences quand ceux-ci sont régis par la soif du pouvoir et du profit sans reconnaitre aucune limite.

La Chine n’est pas loin


Le tournant de la deuxième semaine de Venise aura été chinois. Dimanche le public a découvert un superbe Détective Dee dans le style des épopées chinoises à la Zang Ymou. Lundi, était le tour du film surprise qui s’avèrera être un autre film chinois, Le Fossé. Le premier avait créé le spectacle et avait réconcilié le public avec les grandes épopées haute en couleur, le second, une fois découvert fut une révélation poignante de tous point de vue sur une réalité des plus abjecte.
Il semble que les films chinois sont de plus en plus incontournables pour tout festival qui voudrait répondre à des attentes diverses et exigeantes. Détective Dee et le mystère des Fantômes brulants des frères Hark reste fidèle à la tradition perpétrée par ce qui s’appelait la cinquième génération des cinéastes Chinois. Dans un style complètement différent, Le Fossé de Wang Bing, prend le spectateur par les tripes et le met en face d’une réalité crue et une vie rugueuse. Ces deux films désignent à eux seules, les deux principaux sillons du cinéma chinois : l’épopée dans la continuité du théâtre traditionnel avec costumes et masques, et le film réaliste qui enregistre un mode de vie aux limites du vivable.
L’Inscription dans l’histoire lointaine du pays, les costumes, les chorégraphies et la dimension moralisatrice sont les ingrédients qui font toujours rêver les spectateurs. Le récit ponctué par des combats d’arts martiaux entre des personnage d’une beauté féérique donne un rythme au film hypnotisant. Ceci est le propre des films chinois qui remontent aux temps lointains, des grandes dynasties des empires d’antan. Les frères Hark ont choisi en plus d’articuler le tout sur une trame d’enquête policière commandée par la toute première impératrice dans l’histoire de l’ancienne Chine à un l’enquêteur mythique De Renjie, le Sherlock Holmes de la chine médiévale. Ils donnent à voir un film policier dans le moyen âge comme l’aurait fait Umberto Eco dans Le Nom de la rose sur un fond de cause et de thématique féministe très moderne.
Tout autre est le rythme et le ton du film de Wang Bing. L’époque contemporaine est peinte comme une époque de souffrance. Les personnages marchent lentement comme des fantômes sortis des tombes où ils sont enterrés au sens propre et figuré, ou rampent même comme des rats pour entrer dans les cavernes aménagées dans le sol en casemates d’ouvriers. On apprendra que ces ouvriers sont des cadres et des intellectuels condamnés aux travaux forcés comme ceux que Stalines envoyait au Goulag en Sibérie et d’où aucun ne revient. Les images ne sont pas du tout stylisées et le tournage se passe dans des décors naturels des steppes de la Chine profonde. Là l’Homme devient animal avant de fondre complètement dans la poussière glaciale du désert.
Voici donc deux styles de cinématographiques différents avec un seul objectif : peindre la chine. Chacun des deux cinéastes en a une. L’un remonte vers la Chine impériale du septième siècle, celles des empereurs et des preux chevaliers qui se sacrifient pour le souverain et au-delà pour le peuple. L’autre choisi de témoigner d’une réalité politique contemporaine à travers les camps de prisonniers politiques, qui pas plus loin qu’une paire de décennie, menaient à la mort la crème des intellectuels du pays au nom de la sacrosainte « Dictature du prolétariat ». Les deux se rencontreront enfin de compte au même point : comment le cinéma peut célébrer la grandeur et les contradictions de ce pays qui traversent son histoire de bout en bout.

Saturday, 4 September 2010

Sophia Coppola donne le La


C’est parti en douceur à Venise. La 67ème Mostra internationale di Venezia n’a pas apporté de surprise les trois premiers jours. L’annonce de la sélection officielle, le jury présidé par la star américaine Quintin Tarantino n’avait pas provoqué de sensation remarquable. La confirmation d’un 23ème film en lice Essential Killing du Polonais Jerzi Skolimowsky, en attendant la révélation du 24ème retenu comme film surprise, n’attire pas vraiment l’attention. Et même la programmation d’un court métrage de 9 minute de l’Iranian Jafar Panahi n’a pas eu l’effet escompté interdit de voyage chez lui.
Les premiers jours étaient donc plutôt décevants. Le film d’ouverture Black Swan (Le Cigne noir) de Darren Aronovsky a été accueilli par une certaine froideur. Même les noms connus comme ceux de Dino Risi qui présenta son nouveau film Parfum de femmes et Bertrand Blier avec Le Bruit des glaçons n’ont pas pu donner le ton à l’édition 2010 de Venise. On s’attendait à quelque chose du coté chinois avec Tran Anh Hung qui présentait Le Bois Norvégien. On comptait surtout sur Miral de Julian Schnabel qui aurait pu susciter un petit remous par son sujet à sensation. Le film retrace l’histoire de l’affaire palestinienne et du processus de la colonisation israélienne à travers le parcours réel d’une journaliste américaine d’origine palestinienne. Aucune de ces possibilités n’a eu de prise sur le public de la Biennale.
C’est au troisième jours que les choses ont bougé. Il y a eu d’abord la pluie, beaucoup de pluie… On dirait un signe du ciel que des choses allaient se passer ce jour –là. Dès le matin, on pouvait voir les nuages s’accumuler au-dessus du Lido. On voyait l’orage venir, et il vint quelques heures plus tard dans la journée. La salle de presse était pleine de journalistes attablés pour écrire leurs dépêches annonçant le bon jour. Le toit commença d’abord à laisser passer quelques goutes et puis l’eau s’abattit d’un coup sur les ordinateurs et l’électricité fut coupée… le reste des articles sera dicté par téléphone aux rédactions en place comme au bon vieux temps.
C’est le charme de Venise. Chaque année on attend l’orage, on sait qu’il va venir. De la même manière on attend les bonnes surprises cinématographiques. Au troisième jour donc, l’orage vénitien est venu et avec lui le cinéma. Comme si le premier célébrait le second.
C’est sous l’impact des goutes d’une pluie torrentielle que nous avons regardé Somewhere (Quelque part) de Sophia Coppola. La fille du grand cinéaste Francis Ford Coppola n’a pas manqué à sa réputation, ni au nom de la famille comme à l’Italienne. Son nouveau film, produit par son frère Roman Coppola, fait sensation. Pourtant c’est un film sur l’ennui que vit un célèbre acteur hollywoodien. Le grand succès que connait Johnny Marco le jette dans une crise existentielle et le plonge dans l’univers lugubre de la drogue et des filles jusqu’à perdre le sens et le gout de la vie. C’est sa fille (11 ans) qui le récupère de sa perdition et la ramène en toute naïveté et douceur vers le sens authentique des choses et des sentiments réels. Et Sophia Coppola de traduire cette simplicité enfantine au moyen d’une mise en scène dont le dépouillement lui permet de gagner amplement en profondeur.
On a ressenti le même dépouillement dans l’autre belle surprise de la journée. Silent Souls (Les Ames silencieuses) du Russe Aleksei Fedorchenko. C’est aussi un film sur le sens de la vie. Le minimalisme au niveau du scénario et de la mise en scène n’enlève rien à la profondeur et à la richesse des sentiments décrits, et encore moins à la poésie qui se dégage des images et des voix. Un homme perd sa jeune femme. Il invite son ami et employé à lui rendre les derniers hommages incinérant son cadavre selon les us de la région. Tout en montrant le processus dans sa cruauté, Fedorchenko sonde les âmes de ses personnage à la recherche des profonds sentiments d’amour, d’amitié, de complicité,… le tout dans une atmosphère de grande poésie. Et au-delà, le film est une leçon sur la manière d’utiliser un matériaux du patrimoine mythologique local pour s’élever au niveau de l’universel sans perdre de pertinence et de richesse des messages.
Ainsi, deux cinéastes relativement jeunes (autour de 40 ans chacun) donnent le La à cette 67ème édition de la Mostra de Venise. On y prend gout et on attaque le reste des jours avec plus d’appétit cinéphilique. Surtout que la Tunisie y est représentée par deux de ces enfants. Abdellatif Kéchich vient présenter son nouvel opus Venus Noire en compétition officielle et Mustapha Hasnaoui avec sa complice Marianne Khoury sont inscrits dans la section Horizzonti avec leur documentaire Zelal. Mais il reste qu’au quatrième jour le film le plus attendu est Lettre à Elia de Martin Scorcese, un documentaire à la mémoire du grand cinéaste Elia Kazan…. Il y a donc encore des choses à voir.

Thursday, 19 August 2010

An Iconoclast named Mostafa Heravi


Iconoclast is the closest word to define the work of Mostafa Heravi. He is an artist who goes beyond borders. It started with his jump from Iran in 2000 when he decided to leave his country and settle in the Netherlands, Amsterdam precisely. But this migration is not only physic neither objective. Young already, Mostafa Heravi was a kind of recalcitrant. He felt like not fitting in what/where he was living. The country was too tight for him and the studies and the traditions (social and artistic) surrounding him where suffocating. That’s why he made the big step…
The prestigious Gerrit Riedveld Academy from which he graduated in 2007 initiated him perhaps to modern arts. The Iranian Art school came earlier to strength the family artistic influence mainly of his father who was a calligrapher. But what Heravi is doing goose further than any kind of schoolish theory. That why it is difficult to find an easy way to describe his work. traveling between different cultures and artistic backgrounds, his style is made also of a flirt between arts and mediums.
Asking him wloud not help, because he is not enough into rationality to be able to give you an entrance to his world of inspiration. You have to follow him, in his perversity to the depth of his hell, or his paradise… in one word you need to go he will lied you. For that there is one condition, before entering you need to leave all you rationality and structured ways of thinking and seeing. Like a modern mystic, Heravi invites you to open your mind and heart to a different experience.
You could expect his work to be a film. It is indeed,… but even more. You think it is a video clip. You are right, but still a bit more. A video installation! Also… you are not far… but you didn’t really neither get it. Somewhere between all these mediums and in addition to an obvious plastic influence Heravi gives his work the stamp of visual experimentalism. Not in the sense of genre, like when we talk about experimental cinema, but in the philosophical meaning of a continuous research of a magic substance.
You can, if you want, refer to Michelangelo in “Sin”, or indirectly to Claude Monet in “Fall” like his Waterlelies and to the landscapes of Vincent Van Gogh when you see “Spring Crane”, but there will be always a special touch to push you fare away from any “ sentiers battus”. With Heravi you will walk where nobody else, or quite nobody, ever walked.

Friday, 9 July 2010

« Tout ce qui est grand m’appartient »

En réaction à l’article de notre collègue Alcény S. Barry que je trouve assez constructif bien que je ne puisse le suivre dans toute son argumentation. Mais son interpellation mérite d’être débattue au niveau de notre réseau. C’est en effet, en engageant des discussions de ce genre entre critiques africains que nous pourrons réinventer la critique et le cinéma comme il le dit. Et Africiné est né et existe pour cela. D’abord je le remercie pour l’intérêt qu’il a accordé à mon texte et pour avoir essayé de mettre l’accent sur un point que je voulais aussi souligner : la profondeur tragique de L’Homme qui crie, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun.
Sur ce point nous sommes tous les deux d’accord, je trouve. Que la matière tragique « Tchadienne » ou « Africaine » vaut toute autre matière, là aussi nous sommes d’accord. C’est même le sens de la réflexion que j’ai essayé de formuler dans mon article non pas en faisant des personnages du films des clones des personnages mythiques « occidentaux » ni en appliquant une grille narratologique « occidentale ». Ce serait trop naïf.
Quand il s’agit d’art et de pensée l’Occidental en soi, ou l’Africain en soi n’ont aucun intérêt. C’est le sens de la démarche de Pasolini quand il adaptait Les mille et une nuits, ou en formant le projet d’une Orestie africaine… C’est aussi l’idée de Peter Brook en allant vers le fond culturel indou à travers son œuvre majestueuse le Mahabhrarata. Les idées n’ont pas de frontières, pensait Youssef Chahine dans le Destin et qui disait ailleurs : « Tout ce qui est grand m’appartient ».
Pour ma part, il est tout à fait légitime qu’un cinéaste africain puise dans une matière non africaine pour réaliser des œuvres personnelles. Encore une fois je ne sais pas si c’est le projet de Haroun. Par contre quel serait, sinon, le sens d’une œuvre aussi importante que Hyènes réalisée par Djibril Diop Mambéty en 1972 avec Ami Diakhaté et Mansour Diouf. Ce film est inspiré sans aucun complexe de la pièce La visite de la Vieille Dame du dramaturge suisse Friedrich Dürrenmatt. La même pièce avait auparavant inspiré La Rancune (The Visit est le titre anglais) en 1964, un film de l’Autrichien Bernhard Wicki, avec Ingrid Bergman et Anthony Quinn.
En effet, mon intension l’article sur L’Homme qui crie est de défendre la dimension universelle du film. C’est ma conviction et je l’assume. J’estime que tout artiste ou critique ou intellectuel du monde entier devrait s’en réclamer en toute légitimité. L’universalisme ne signifie pas le mimétisme d’une culture hégémonique mais le dépassement de toutes formes de frontières. C’est là le défi et c’est là où je ne suis pas notre ami Barry.
Je suis Africain non pas parce que je suis en opposition avec l’Autre (Européen en l’occurrence). Mais nous contribuons tous au « Génie Humain » et je ne devrais en aucun cas avoir de complexe à puiser mes outils d’analyse et de réflexion dans n’importe quel fond culturel. Il se trouve que la matière, dite Européenne nous est, nous africains, plus proches que d’autres à tel point que les différentiations paraissent souvent forcées, pour ne pas dire inappropriées. Cela revient à des facteurs complexes d’histoire, de géographie, de politique, … et de rapport de forces etc..
J’ai eu recours à la matière tragique grecque comme des schèmes mentaux de représentation qui en fait ne sont pas propres à l’Europe. Le tragique est un fond humain et Barry a raison de le retrouver dans la réalité même du Tchad. Haroun a essayé, je pense, de représenter cela par le cinéma. Il n’a peut-être pas nécessairement pensé aux mêmes éléments que moi. Ce qui manque c’est que notre ami Barry puisse aller plus loin dans sa réflexion et nous montrer la portée intellectuelle et culturelle du tragique au-delà des faits et comment cela se traduit ou pourrait se traduire par des formes d’expressions artistiques. C’est un champ d’investigation digne d’intérêt et je le remercie de pousser dans cette direction.
Après des années, voire de décennies, de travail sérieux sur le rapport de l’Occident au reste du Monde, Edward W. Said déclarait n’avoir pas d’Orient en soi à défendre. Et Achille Mbembé, le philosophe camerounais le suivra plus tard en poussant plus loin encore cette approche postcolonialiste des rapports entre les cultures. Rien n’existe en soi. Le métissage, culturel du moins, est le salut de l’humanité. Le multiculturalisme n’est pas un choix c’est un fait qui dépasse tout volonté. La pureté est à l’origine de tous les fascismes.

Sunday, 13 June 2010

Life above all by Olivier Schmidtz (South-Africa)

A Call for life
Few weeks before the Football World Championship, everybody is looking to South Africa as a host of the most popular event. The participation of the south-African cinema in Cannes could quite not be seen despite a real effort and presence of a film in an important competition.
In Un Certain Regard, a parallel section but a part of the official selection in Cannes film festival, Olivier Schmidtz (Cap Town, 1960) presented his new feature called Life, above all. He was the third African film maker in Cannes this year with the Chadian Mahamat-Saleh Haroun and the Algerian Rachid Bouchareb.
Schmidt is well known as an engaged film maker. His previous feature, Highjack Story (2000) was a statement against violence and poverty in the suburbs of Johannesburg.
Already with the first participation in Cannes with Mapantsula (1988) Olivier Schmidtz showed that he wants to use cinema as platform of denunciation of all south-African society pains. Mapantsula was then a scream against the injustice and the absurdity of the racist regime of Apartheid.
South-African film maker was proud to be in the biggest international film show case. “It is the fourth time I am in selection in Cannes, he said to the press, but you do not get blasé about it because it’s really the cream of what happens every year in the film world”.
Nowhere else, a film crew would like to be in fact. Greg Buckle, the Co-producer pointed the importance of being in such a film event and meets a special audience “So far it’s been a great exposure, watching the reaction of people coming out of the cinema.”
The new film is quite a touching story about prejudices, sleekness and poverty. The protagonist, Chanda, is only 12 years old. However she is force to challenge the whole society in her small dusty village near Johannesburg.
The young girl has to face a very bad time. Her newly-born baby sister dies. Her father accuses the mother to be the cause of this los. He dies from alcoholism. Soon later, the mother is seek and accused by the village to be a source of devil. She has to leave and go to die alone far from any human life.
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Wednesday, 26 May 2010

Le droit de Penser tragique





L'Afrique subsaharienne est de retour à la compétition officielle du festival de cannes après treize années d'absence. Le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun en est le porte-drapeau avec Un Homme qui crie, son quatrième long métrage. Très souvent la présence de l'Afrique sur la scène cannoise et internationale en général a été accompagnée d'un constat d'absence, voire même d'ignorance, quand ce n'est pas d'une contestation encore plus franche et surtout naïve. Le discours de Haroun semble dépasser ce que l'on pourrait appeler ce complexe. Il se situe au niveau de l'universalité de l'expression artistique, en toute légitimité mais aussi en toute lucidité et sens de la responsabilité intellectuelle.

Quel sens pourrait avoir la place que l'on ferait ou voudrait faire à l'Afrique subsaharienne ou nord-africaine ? Se réclamer du principe de quota ? C'est absurde et cela ne sert en rien le cinéma ni les cinéastes africains, ni ceux du Sud, ou de la périphérie diraient certains. Tout le sens de la démarche cinématographique de Mahamat-Saleh Haroun à nos yeux serait dans cet élan de transcender toutes formes de lignes de démarcation et ne pas rester prisonnier de ce que Gramsci appelait le "subalterne".

L'histoire de Un Homme qui crie est tchadienne. Toutes celles de ses films antérieurs, sauf celui fait pour la télévision Sexe, Gombo et beurre salé (à Bordeaux, France), ont lieu au Tchad et sont tournées là-bas. Non pas qu'il s'agisse de folklorisme, non pas par souci d'authenticité non plus. Nous dirions même que c'est par idéologie, au sens fort du terme. Vouloir se placer au niveau de l'universel revient à mettre toute son énergie dans la mise en valeur de ce qu'il y a d'humain, de fondateur dans toute expérience humaine.

Osons le raccourci ; Haroun pourrait-il être l'Eschyle ou l'Homère de l'Afrique ? La forme interrogative de ce raccourci dit tout le ridicule de la comparaison bien évidemment nonobstant les clins d'œil qui ponctuent le film renvoyant aux origines du patrimoine narratif humain. Il s'agit toutefois d'essayer de cerner les contours d'un projet culturel, au sens large du terme, d'un cinéma qui cherche à se constituer un ensemble de valeurs culturelles, morales, esthétiques, politiques… fondatrices tout en s'inscrivant dans le sillon universel.


pour lire la suite : http://www.africine.org/?menu=art&no=9489

Wednesday, 19 May 2010

Jafar Panahi



Panahi's hunger strike is in reaction to psychological torture where he has been told that the 'Guardians of the Holy Regime' will take his wife and children as hostage and will put them in an insecure prison among dangerous criminals.

What else could Panahi do other than go on a hunger strike?

Sunday, 16 May 2010

Benda Bilili inflames the French “ côte d’Azur ”



It is not very often that a film festival opens with a documentary. But this was the case this year in Cannes Film Festival, but not in the official programs. The Director’s Fortnight, a parallel section dedicated to the authors, opened with Staff Benda Bilili, by two French film makers: Florent de la Tulley and Renaud Barret.

The opening ceremony was actually particularly animated. After the tribute given to french female film maker Agnes Varda who received the annual price given by the French guild of film makers, “Carrosse d’or”, the group of musician was invited to the stage. They didn’t play any music, they only saluted the public. Music, that’s what it will be about in the movie. The ovation after the screening witnesses of the deep effect the film got on people.

Staff is a group of handicapped musician who grow up in a poor neighborhood in Kinshasa (Democratic Republic of Congo). The spontaneous music they play, a mixture of rumba, blues, and reggae… will highjack them on the international stage of the most famous musical scenes al over the world. The film tries to show how the dream of these guys became a reality.

In fact the dream of Riky, the head of the group, was not so ambitious. His vision was more local: all what he wanted is to bring the bend to celebrity in Kinshasa , and perhaps in Congo . He could not guess that their music is going to be appreciated abroad and have such a success internationally.

The young Roger, “a street child” had only one little ambition: to join the group of the stars of the ghetto. He was going to be a little thief, a member of gang, a criminal perhaps; he is now a star going around in the big European cities playing music, getting money, enjoying meeting people and sharing nice moment with everybody.

It sounds like a folk story but it was not so simple. The group had to struggle against the pitfalls of the street. Their place, a centre for handicapped people where they were staying is destroyed by a fire. Could they ever hope that they will make it? They cold because they stayed united and believed deeply in their music.

The two film makers followed them for five years from the first rehearsal until their world tour. Now the documentary is showed in the most important film festival in the world. The group is going to perform in the Fnac (French famous book and CD store). They getting more and more known and appreciated.

Nevertheless ether is a hic. What is attracting in this experience? Is it the talent of film making? Is it the music? Is it the fact that these musicians are handicapped? Or, is a message of hope to spread?

The fact that these guys could make it is nice and it is a sign of hope. This is sure. The same with the good intention of the film makers to spread this hope and give a tribute to the fight of these men.

Nevertheless, we must be honest also. The music is not particularly original. It is very lively with a lot of nice rhythms but really very simple. The group is not inventing any special music only putting together what we know already. One could easily admit that what people appreciate that some handicapped men can play music correctly with some sensational gestures.

Nothing special neither on the level of film making. The directors followed the group trying to reconstitute the story that’s it. It is as if to say that the film is made to say “look they also could do it”, nothing more. And this is also an honest and respectful attitude towards the group itself.

To say it briefly, the film is for sure useful. On the one hand, it helps to make the bend more known. On the other hand, it has a kind of message: handicap and poverty are not a fatality. Whenever there is a will, it is possible to get over. However, we have to be aware not to mix up charity, compassion and appreciation of an art work whether it concerns the bend of musicians or the film made about it.

Bouchareb écrit au Festival de Cannes


Encore un cinéaste est persécuté par les forces obscurantistes et intolérantes. Après Polanski et sa poursuite par une police américaine aveugle, après Jafar Panahi et son emprisonnement par le régime d'Ahmadi Nejad en Iran, est venu le tour de Rachid Bouchareb, réalisateur franco-Algérien dont le film est présenté en compétition à Cannes. Le crime de ce dernier : « faire un film contre la France » ou dans une autre version : « Qui nuit à l’image de la France ». Quoi de plus absurde qu'une vision aussi étriquée et aussi ignorante de tout sens de la nuance de la part des politiques qui se réclament d'une tutelle injuste et hypocrite sur l'Art. Le comble c’est que ceci se passe alors que le film n’est pas encore projeté et les auteurs des ces accusations ne l’ont donc pas encore vu.
En réaction à cela et pour essayer de calmer les âmes et inviter tout le monde à un débat civilisé et respectueux de l’Art et de la liberté d’expression, le réalisateur est sorti de son silence en envoyant une lettre ouverte à la direction du festival de Cannes qui l’a publiée sur son site officiel.

« Depuis trois semaines, une polémique précède la présentation à Cannes de mon film Hors-la-loi, alors que ceux qui participent à cette polémique n'ont pas vu le film... Devant de telles passions et dans un souci d'apaisement, il m’apparaît important de rappeler deux choses :

- Hors-la-loi est un film de fiction, une saga qui raconte l’histoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l'indépendance de l'Algérie en 1962.

- Il faut qu’il soit possible que le cinéma aborde tous les sujets. Je le fais en cinéaste, avec ma sensibilité, sans obliger quiconque à la partager. Après les projections, il sera temps que le débat public se déroule. Attaché comme je le suis à la liberté d’expression, il me paraît normal que certains puissent être en désaccord avec mon film, mais je souhaite que ce désaccord s’exprime dans un cadre pacifique et dans la sérénité du débat d’idées.

Pour le monde entier, la France est une terre de liberté et je suis particulièrement fier d’y montrer mon film, dans le plus prestigieux des festivals. Je souhaite que cette projection se fasse dans le respect mutuel et dans un climat serein. (fin de citation)»

Rachid Bouchareb

Staff Benda Bilili enflamme la croisette.


Les premiers jours du festival les noms les plus attendus étaient ceux de Russell Crowe, Michael Douglas,… Mais l´effet que leur passage a laissé est bien faible comparé à celui des outsiders. Après les actrices grotesques aux rondeurs felliniennes de Mathieu Amalric dans Tournée, ce fut le tour des inconnus Congolais qui ont enflammé la scène de la quinzaine des réalisateurs. En effet, l’ouverture de cette section parallèle du festival de Cannes a consisté en deux moments de sensation. Il y a eu d’abord, l’hommage de la réalisatrice française Agnès Varda qui recevait le Carrosse d’or de la part de l’Association Française des réalisateurs de film. Et puis ce fut le film d’ouverture, Staff Benda Bilili des deux français Renaud Barret et Florent de la Tullaye, qui a eu un accueil très particulier.

En effet, la programmation de ce film pour ouvrir la quinzaine des réalisateurs est un événement en soi. Ceci est dû à plus d’une raison. D’abord, cela vient à un moment particulier. Cette année est la première après le départ d’Olivier Père, l’ex délégué de la section. Le nouveau directeur artistique, Fréderic Boyer, semble mettre sa propre empreinte. Ensuite il n’est pas de coutume d’ouvrir la section avec un documentaire, qui plus est parle d’un sujet africain : un groupe de musique venant de Kinshasa qui a un succès extraordinaire. L’élément le plus attachant c’est que tous les membres de ce groupe sont des handicapés.

Le film accompagne le groupe pendant plusieurs années. Il les décrit dans leur vie quotidienne dans les cartiers les plus démunis de la capitale de la République Démocratique du Congo. Avec eux, un portrait de la société congolaise est fait et la place de ces musiciens de fortune est définie. Ensuite, on accompagne le groupe dans les moments de crise après l’incendie qui part avec le centre d’accueil des paraplégiques. Enfin le groupe part en tournée glorieuse en Europe.

On ne peut résister à la force des images. D’une part celles des handicapés ne peut laisser indifférent. D’autre part, la musique qu’ils jouent est enchantant quoique l’on dise. Mais dans ce mélange, il comme un soupçon de méfiance : Où situer l’intérêt du film ? Le fait de filmer des handicapés n’est jamais innocent. C’est là une idée vieille comme le monde. Si l’image est importante, dans quelle mesure son effet est indépendant de la musique ? Et dans quelle mesure elle la met en valeur plus qu’elle ne l’utilise ? Été il en est de même de l’image des personnes faibles. La bonne volonté ne nous laisse exempt d’une attitude de pitié.

Tout ceci pour dire que le film est peut-être utile mais il est loin de présenter un discours cinématographique en tant que tel. L’image du handicap n’est pas vue de la même manière selon que l’on la considère du point de vue africain ou du point de vue Européen. Le handicap fait partie presque de la vie en Afrique alors que pour l’Européen, c’est un cas exceptionnel, hors norme réduisant la personne à un être faible qui a besoin de traitement spécial. Le regard des réalisateurs qui sont français, tout en admettant leur bonne volonté, subit le double poids de la pauvreté et de la paraplégie. Il en est de même de l’appréciation de la musique : on est moins sensible à un vrai talent qu’à la possibilité qu’on des handicapés de jouer une musique bien rythmée et pleine de vie.

Bref un film bien utile certes, mais il est bien pauvre en cinéma. Cela dit le groupe a bien animé la croisette après avoir animé les grandes scènes musicales européennes. Le film servira à les faire connaitre encore plus, il y aura bien des retombés sur les cartier d’où les musiciens sont sortis, et surtout il aura servi a attirer les regard vers la Quinzaine des Réalisateurs. Les puritains n’y verront pas du bon cinéma mais ne pourront ignorer la joie que ce film transmet ou laisse espérer. Et puis, aprées tout un festivaql de cinéma est aussi une fête, Staff Benda Bilili aura bien rappelé cela dans une atmosphère maurose sous l'effet de la crise et des tensions politiques.

Thursday, 13 May 2010

Amalric, tout simplement magistral


Le coup d’envoi du 63ème festival de Cannes a été donné dans une atmosphère de suspense très tendue. Les derniers films de la compétition furent annoncés quelques jours seulement avant l’ouverture. Mais outre le contenu du festival à proprement parler, ce sont les à-côtés de cette édition 2010 qui animent les discussions des festivaliers et font sensation, alors que la fête ne fait à peine que commencer.
Il y a d’abord la nature. Le volcan Islandais s’est encore réveillé à quelques jours du festival inquiétant ceux qui ont l’intention de survoler les continents pour se rendre à la côte d’Azur. Heureusement seule le Nord de l’Espagne est immobilisé en termes de trafic aérien. A quelques jours du festival Nature a frappé aussi plus proche ; des vagues de 10 mètre de la méditerranée se sont abattues contre les plages de la croisière faisant des dégâts chez les restaurateurs les plus renommés. Mais au moment de l’ouverture juste quelques traces insignifiantes de cette agitation non ordinaire se laissaient encore voir.
Il y a ensuite la politique. La polémique autour du cinéaste Iranien Jafar Panahi alimenté l’actualité du festival depuis que les organisateurs avaient annoncé de l’ajouter dans la liste des jurés. Sur la scène de la cérémonie du festival, un siège est resté vide parce que le cinéaste est empêché de se rendre au festival. La deuxième polémique n’a pas non plus manqué de médiatiser encore plus l’actuelle édition. Le boycott officiel du festival par le gouvernement italien à cause la programmation du documentaire sr le séisme de l’Aquila il y a un an n’a aucun effet sur les choix des sélectionneurs. Il semble que l’art a une logique que la politique ne peut comprendre.
Malgré tout cela la sensation reste d’abord cinématographique, à Cannes. Devant le majestueux palais des festivals la foule des professionnels et des curieux était grande comme d’habitude. Les salles sont pleines à craquer pendant les premières projections avant même l’ouverture officielle. Déjà les rues sont pleine d’homme et de femmes qui vous rencontre avec un sourire sollicitant et un carton sur le quel est écrit dans des formes et des couleurs différentes et de toues les fantaisies : « Une invitation pour Robin Hood ». devant le palais, une foule de femmes bien maquillées et habillées pour la fête et des hommes habillés en noires et blanc, le smoking étant de rigueur protocolaire, remplissent la place comme s’ils attendant d’être admis dans une demeure sacrée. En fait ce n’est pas très loin de la vérité.
Les deux films qui ont ouvert le bal cette année sont Robin des Bois de Ridley Scott et Tournée de Mathieu Amalric. Le premier ouvre officiellement le festival ; le second est le premier film de la compétition 2010 à passer devant la paresse. Si l’accueil réservé au premier est plutôt froid, le second a suscité quelque admiration.
Le réalisateur anglais avait suscité beaucoup de d’attente en se proposant de reprendre encore une fois la légende de ce voleur juste qui prenait aux riches pour donner aux pauvres. Pourtant son approche est fondamentalement différente de toutes les autres adaptations précédentes. Il ne raconte pas l’histoire de ce personnage légendaire, mais il remonte au moment ou la légende est née. Le film finit sur la fuite de Robin de Longstride dans les bois après avoir vaincu les français sur les côtes de la Manche. Le film finit donc là où la légende commence.
Quant à l’enfant gâté du cinéma français, il a laissé une impression plutôt positive. Connu comme un excellent acteur surtout dans les rôles tragique ; Mathieu Amalric, est aussi un réalisateur et un bon. Pour son nouveau film dans lequel il interprète le rôle principal, il a choisi de revisiter le monde du show bise. Une troupe de femmes, à la corpulence fellinienne, donne un spectacle burlesque dans les grandes villes françaises. Le producteur, porte un défi et une idée du spectacle. Il s’érige contre le système de l’audiovisuel sans âme et propose une alternative de vie, de sentiments vrais et authentiques. Mais le drame c’est que son alternative est condamnée à rester marginale. C’est pourquoi la troupe ira dans les grandes villes portuaires : La Rochelle, Nantes, Bordeau… Mais n’entrera pas Paris.
Le cinéma français démarre avec une bonne sensation. Le film d’ouverture, une épopée hollywoodienne pas plus, est déjà oubliée et le film est en salles. Le festival a encore d’autres promesses. Et ce ne fut que la première journée, et demain est un autre jour.

Monday, 19 April 2010

Il fut aussi Tunisien.


La nouvelle est arrivée lundi matin sur tous les bureaux de la Presse mondiale relayée par l’AFP : Sotigui Kouyaté n’est plus. Encore une perte pour l’Afrique. Pourtant Sotigui n’est pas seulement africain. Son talent a dépassé toutes les frontières, mais il avait porté son continent en lui. Depuis cette date fatidique, les professionnels africains, ceux qui avaient un intérêt à la culture africaine et ceux qui avait connu personnellement l’acteur se sont échangé les condoléances comme s’ils faisaient partie de la même famille.
A Tunis, les professionnels du cinéma et du théâtre ont décidé d’organiser une cérémonie spéciale de recueillement en hommage à l’artiste et l’ami de la Tunisie. Les deux dernières années il l’avait effectivement fréquemment visitée. Eté 2008, il venait partager en toute modestie sa sagesse et son humanité avec les jeunes de Hergla lors des Rencontres Cinématographiques de Hergla. Quelques mois plus tard un autre festival, Les Journées Cinématographiques de Carthage, lui rendait hommage. Un peu plus tard il retrouve la Tunisie pour le tournage avec Nouri Bouzid dans le cadre d’un court métrage Errance destiné au troisième Festival Panafricain d’Alger qui aura lieu en juillet 2009.
Il est donc naturel que les professionnels du septième et du quatrième art lui rendent un dernier hommage. Les Rencontres Cinématographiques de Hergla et le cinémafricart se sont associés pour organiser une soirée d’adieu à l’artiste. Mercredi soir, les artistes de Tunis ont été invités pour venir se recueillir autour des dernières images éternelles que l’artiste à léguées à la Tunisie, celles de ses différents passages.
Le programme comportera deux parties : la projection du court métrage de Nouri Bouzid et le portrait de l’artiste fait par un autre talent africain Mahamet Saleh-Haroun intitulé : Sotigui Kouyaté, un griot moderne. A la suite de cela place sera faite aux témoignages de personnalités du monde de l’image : dont Fadhel Jaaibi, Tahar Chkhaoui, Mohammad Challouf, Nouri Bouzid entre autres. Rappelons que la même journée, la dépouille du défunt est transportée au Burkina Faso où il sera inhumé auprès des siens. Mais pour les Tunisiens, il aura été aussi des leurs

Saturday, 2 January 2010

Liberté à tout prix


Le numéro de décembre des Cahiers du Cinéma est d´un contenu très particulier. Non pas parce que c’est le dernier numéro de l’année et que, comme le stipule l’habitude, il contient un recensement des meilleures productions cinématographique de l’année, mais c’est surtout par le dossier spécial consacré à Tetro le nouveau film de Francis Ford Coppola. Pourtant, le film ne vient pas en tête des top dix des rédacteurs de la revue. Or, en faisant cela, l’équipe de la revue française ne rend pas seulement un hommage à l’un des grands maitres du septième art de notre temps, mais elle met en relief une expérience cinématographique authentique. Cela n’est pas sans rappeler la polémique qui avait entouré son absence de la compétition officielle au Festival de Cannes et sa programmation en ouverture de la Quinzaine des Rélaisateurs.
Un film qui suscite tant les débats et les désarrois ne peut pas manquer d’intérêt. Dans le parcours de Coppola, Tetro constitue un tournant qui suscite une attention particulière. Son auteur ne manque pas de gloire morale, ni de succès commercial. L’Histoire du cinéma retiendra les titres de ses films comme le Parrain (I, II, III), Apocalypse now, Rusty James etc… comme des chefs d’œuvre incontournables qui auront marqué et l’esthétique du septième art et l’histoire des habitudes de la consommation de l’image. En effet, tous ont imposé un respect incontestable et ont réalisé des bénéfices des plus importants dans l’histoire de l’industrie hollywoodienne. C’est que Coppola a su trouver la bonne équation entre l’implication personnelle en tant qu’auteur et le flirt avec la machine de Hollywood. Il a fait des compromis quand il a fallu, mais il a toujours pu prendre du recul et se préserver un espace de création qui lui garantissait la marge d’indépendance dont il a besoin.
Il semble que la production de Tetro soit l’une des expériences où le cinéaste a voulu être le plus indépendant possible. Cela est d’autant plus difficile après plusieurs productions typiquement industrio-commerciales. L’on sait combien cela est difficile pour celui qui n’a pas le moindre problème à se faire recruter par les grandes maisons de production sinon sa volonté de liberté et son droit d’artiste. Il y va d’une force de caractère extrêmement grande pour décider de se passer du luxe de la production hollywoodienne et de s’engager, bien volontiers, dans une production indépendante dans tous les sens du terme. C’est que la logique de la production dépend profondément d’une idée du cinéma, en cela réside la leçon que l’on peut tirer de l’expérience exceptionnelle de Coppola et de son film Tetro.
S’il ne fallait retenir qu’une leçon sera bien celle de l’indépendance à tout prix. Pour cela l’auteur d’Apocalypse now revient à l’esprit qui l’animait quand il était jeune et qu’il créait sa propre société de production en dehors de Hollywood, American zoetrope. C’est avec les moyens de cette compagnie et son argent personnel de son entreprise viticole que le film a été produit. Cela signifie donc réduire les possibilités techniques au minimum en fonction des implications budgétaires. Il est inimaginable, ou presque, de penser que Coppola, tourne un film avec du matériel qui puisse tenir en un seul camion. Même en Tunisie cela serait une affirmation risible. Pourtant, c’est ce qu’affirme l’auteur et ses deux principaux complices, Mihai Malaimare Jr son chef op et Walter Murch son fidèle monteur.
Tout simplement, la logique de Coppola dans Tetro « faire du grand avec du petit », est en entière opposition avec celle de la machine hollywoodienne « il faut du grand pour faire du grand ». La nouvelle technologie vient répondre à cette orientation. Coppola choisit, encore un fois après L’Homme sans âge son film précédent, de recourir à la nouvelle technologie en tournant avec des caméras numériques. Le matériel de prise de vue qui coûte le moins cher et qui nécessite moins de techniciens. On pourrait dire : c’est donc pour cela qu’il a choisi un jeune directeur de la photographie de Roumanie. Oui, mais il se trouve que ce chef op. est spécialiste des tournages en pellicules classiques, 16 et 35 mm. Il a appris la maitrise de la technologie numérique sur les deux tournages de Coppola qu’il a assurés. Le tournage s’est donc bien fait en numérique mais avec l’esprit argentique. C’est donc là que réside la clé du rajeunissement que l’on trouve dans le film en plus d’un contenu qui pette d’énergie.
Il en va de même avec le montage. Coppola retrouve son vieux complice, Walter Murch son monteur sur Apocalypse now en 1979 et le Parrain III en 1990. Cette fois il l’emmène dans une aventure numérique. Toutefois, révèle-t-il dans l’entretien accordé aux Cahiers du Cinéma, il n’avait jamais eu le luxe de visionner ses images sur un écran de sept mètres de large. Il faut être complètement libre pour se permettre ce genre de caprice de mêler le final cut, le logiciel numérique de montage, et le visionnage sur un grand écran et non pas sur un écran d’ordinateur ou sur une maviola. Même si le coût d’une telle manœuvre n’est pas important, jamais une production puritaine d’Hollywood n’accorderait cela à un monteur. Cela nécessite une logique de liberté de création qui est hors de portée de l’esprit de la banlieue de Los Angeles.
Pour que Tetro ait toute cette fraicheur et tout ce punch, il fallait le débarrasser de la rouille qui s’est emparé des systèmes de production et a atteint même les neurones créatrices de beaucoup de cinéastes se laissé corrompre par une machine sans âme. L’opération de dégraissage s’est faite grâce à la révision de la logique de production et delà à se procurer une grande marge de liberté au niveau de l’écriture. La technique est venue servir un esprit et on pas le corrompre et l’asservir. La technique est, ou pourrait être, à la portée de tout le monde. Ce qui fait la différence c’est ce que l’on fait avec et l’esprit dans lequel on le fait. Coppola, vieux routard des grosses productions, cinéaste de la plus vieille génération de cinéastes qui existent encore, n’hésite pas à utiliser la nouvelle technologie ni à s’adapter à son temps. Cependant, il ne se laisse pas emporté par l’air du temps comme on dit généralement de ceux qui fondent dans la facilité. La force de son art, Coppola la tient de sa capacité d’imaginer et de penser sans se laisser corrompre par la tentation du luxe auquel il pourrait facilement accéder.

Saturday, 3 October 2009

Rhétorique de la colère


« Faire le point, quelle horreur »
Rhizome, G. Deleuze et F. Gattari.
Le temps qu´il reste, le nouveau film de Elia Souleimane sort cette semaine en Tunisie distribué par Cinemafricart. En même temps nous apprenions le report de la rétrospective d´André Téchiné qui était prévue dans la même salle. Il semble que l’essentiel de l’activité cinématographique en termes d’offre réelle d’image se joue, hélas dans cette seule salle. Qu’eut été plus intéressant si on pouvait avoir le film d’Elia Souleimane dans une salle et la rétrospective d’André Téchiné dans une autre, qui ne soit pas très loin. Ce temps est malheureusement révolue. Peu importe, la programmation de Le temps qu’il reste est à elle seule suffisante pour le nombre, qui se réduit comme une peau de chagrin, des cinéphiles aguerris. C’est aussi pour ceux-là que Cinemafricart est encore là, résistant contre l’usure du temps, et la désertification qui menace le monde de l’image.
Il est question de temps aussi dans le film de Elia Souleimane, mais dans un tout autre registre. L’an 2008, a vu des festivités tournant autour des 60 ans : ceux de l’établissement de l’Etat sioniste d’un côté, et ceux de la blessure palestinienne de l’autre. Célébration de la naissance d’un corps donc, et remémoration de l’amputation et de l’éclatement d’un autre en même temps. Quoi de plus absurde que cela ! Que peut-il se passer alors dans la tête d’un cinéaste au milieu de ces fêtes et contre-fêtes, entre ces cérémonies de célébration joyeuse et remémoration douloureuse ?
Elia Souleymane fait son film dans ce contexte précis. Officiellement, il est de nationalité israélienne, comme c’est la situation absurde de tant d’arabes palestiniens condamnés à vivre au sein d’Israël comme pour renvoyer incessamment le monde à sa mauvaise conscience. Le film qu’il fait ne peut que s’inscrire dans ce cadre. Or, Souleymane décide de ne voir les événements qu’à l’aune de sa propre et intime histoire, qu’à travers son propre déchirement. C’est pourquoi il le conçoit en une autobiographie cinématographiquement écrite.
L’idée de la remémoration qui marquait tous les esprits en 2008, se retrouve avec la situation dramatique du retour du voyage. Mais on ne revient pas en Israël, quand on est palestinien, comme on revient tout simplement chez soi. Justement ce « CHEZ SOI » !. Comment le définir ? Comment le sentir ? Il y a certes, la maison familiale, il y a bien la mère, mais il y a surtout un hic. On revient chez soi avec l’idée que ce n’est plus vraiment un chez soi. On en perd même le sens et l’orientation.
Toute l’histoire de ce film tient dans le trajet que fait le taxi conduisant le cinéaste de l’aéroport de Tel Avive vers la maison où se trouve sa mère. Il fallait bien que ce soir là, volonté du destin, il y ait un orage très fort qui fait que la voix du conducteur, très bavard apparemment, parvient en bribes, comme celles de la mémoire, aux oreilles de son passager. Cet orage dont l’éclair est là comme pour renvoyer au feux d’artifice. Comment dans ce contexte ne pas associer le tonnerre aux bruits, aux voix qui s’élèvent de partout se contredisant, se croisant et se tordant les unes les autres jusqu’à se nier mutuellement. La pluie, oui cette pluie qui brouille les routes et fait que le chauffeur ne retrouve pas son chemin et se perd. 60 ans d’orages, 60 ans de guerre, 60 ans d’explosions déchirant, par leur lumière et leur bruit, le calme des nuits et empêchant les enfants de dormir, 60 ans qui ont brouillé les carte ont fait disparaitre les chemins. C’est cela l’orage qu’Elia Souleimane choisit comme moment de retour dans l’espace, dans le temps et dans la mémoire.
Or, c’est une mémoire brouillée que le film donne à voir. Rien ne tient sa place. Il est vrai que l’histoire est revue au prisme de la subjectivité. Le cinéaste ne se propose pas de reconstituer l’histoire, sinon laquelle ? Son choix réside dans le fait d’exhumer ce qui reste au fin fond de lui-même comme souvenirs, comme sentiments, comme images, comme voix,…Mais là encore rien de construit. Le film refuse de mettre de l’ordre dans les choses. Ce ne serait pas logique et ce ne serait de toute façon que superficielle.
Pourtant il y a bien un effort d’organisation, une tentative de voir un peu plus clair. Les grandes étapes de l’histoire du pays sont certes là. Mais elles sont comme des bornes kilométriques qu’on voit passer sans s’en rendre vraiment compte et sans prendre conscience de ce qu’il y a entre une borne et une autre. Le temps est passé, oui, mais que c’est-il passé à ce peuple décimé, à ce territoire sans frontières et à peine reconnaissable. Le temps est passé vite. Il y a eu tellement de choses, tellement d’absurdités, qu’on arrive à peine à retenir quelques images comme celles qu’on trouve dans un album de photos. On revoit les photos les faisant passer les unes après les autres, on retrouve peut-être quelques émotions. Mais à la fin ce qui reste, c’est juste le sentiment que le temps est passé.
Le film est conçu un peu comme un album de photos. Il est fait, presque exclusivement de plans fixes comme pour dire au temps de s’arrêter afin que la conscience puisse comprendre ce qui s’est passé. Afin que la mémoire puisse retrouver les sensations des moments. Le plan fixe, dans Le temps qu’il reste d’Elia Souleymane, est un cri de douleur et de révolte contre l’absurde, contre l’injustice et contre ce temps qui passe sans répit et dans une indifférence bête et stupide comme celle du monde qui voit les faits sans pourvoir intervenir.
Ce cri, de colère enragée, prend aussi la forme la plus explicite et la plus éloquente dans le mutisme. Elia Souleimane ne dit pas un mot durant tout le film. Le chauffeur du taxi, est un torrent de verbiage sans sens qui se confond avec le bruit de l’orage. La confusion des propos se mélange à la perte des repères et à la perdition dans l’espace. De l’autre côté, le passager observe un silence tragique. Le mutisme du cinéaste face à la situation, face au moment, face à l’histoire, accompagné de l’humour qui teint les situations que le film parvient à visualiser de temps à autres, laisse un gout d’amertume qui pèse lourdement, à telle point que la langue est comme ligotée et ne peut se délier pour articuler les mots. Les mots ne sortent pas, le personnage reste interdit en plein sens du terme. Seule le regard est là. Un regard vide pourtant les yeux sont grands ouverts. Justement comme ceux de toute le monde, qui regarde sans vraiment voir la porté du mal.
Mais de toute façon il n’y pas de mots qui soient capables de dire ce qui ne peut être dit. Comment dire l’indicible, c’est cela semble-t-il le propos de ce film. Quand tous les discours s’avèrent inutiles, quand toues les conventions et tous les accords, restent sans aucun impact sur la réalité des peuples, l’acte le plus révolutionnaire devient de crier dans un espoir de faire entendre sa voix, mas surtout pour faire comprendre que la bêtise humaine a dépassé toutes les limites du raisonnable au sens de ce qui pourrait être formulé et conçu par la raison humaine. C’est dans ce sens qu’Elia Souleimane en perd les mots.
Le Temps qu’il reste n’est pas une reconstitution de l’histoire, il est peut-être une autobiographie intime où le cinéaste revoit les évènements au prisme de sa conscience, mais c’est surtout, un moment de lucidité intellectuelle et cinématographique. Elia Souleymane semble se dire : Comment puis-je penser ce moment de l’histoire ? et par là-même comment puis-je lui donner forme et sens ? Or, l’aveu d’échec qu’il formule cinématographiquement, donne au film toute sa force de résistance grâce à une rhétorique pertinente de la colère la plus calme mais la plus lourde parce que pleinement remplie de la conscience de l’absurde.

Sunday, 27 September 2009

Drame Humain et culturel


Le début du moi de septembre n´aura pas été de bonne augure pour l´Afrique et pour le Burkina Faso. Des pluies diluviennes se sont abattues sur Ouagadougou, la capitale du pays des hommes intègres le 1 de ce mois. Pour l´un des pays des pays les plus secs du monde ces pluies auraient été attendues comme porteuse de tant de biens. Mais la nature en aura décidé autrement Il semble qu’elle s’est particulièrement acharnée sur le pays : plus de 300 mm en pas plus de 12 heures. C´est là un drame de plusieurs points de vue. Outre les pertes humaines et matérielles, d’aucuns crient au drame culturel.
Le pays ne sait de quel côté se tourner. Les conséquences sont néfastes. Des milliers de personnes sont sans abris (150.000). Plusieurs infrastructures ont été partiellement ou entièrement détruites. Il y a plus de personnes disparues que des morts. En plus de cette catastrophe économique et humaine qui vient s’abattre sur un pays qui a bien d’autres maux à combattre, les flots se sont attaqué au seul et plus important patrimoine cinématographique de l’Afrique, la Cinémathèque Africaine. Après l’inondation beaucoup de films, selon l’AFP, seraient en danger puisque l’eau était rentrée au niveau du stock.
Entre 1500 et 2000 copies de films africains sont archivées dans cette institution unique en Afrique qui fonctionne depuis 1992. Certaines de ses copies sont uniques et risquent d’être perdues à jamais. Pour la mémoire cinématographique africaine c’est là un coup dur à supporter. Tous les efforts et les espoirs des cinéastes africains de s’attribuer des archives africaines dignes de ce nom, ont reçu un grand coup de massue du destin.
Cette cinémathèque est en effet le fruit d’un long combat dont le début remonte à l’année 1973, lorsque la Fédération Africaine des Cinéastes s’engageait à faire de la constitution de la cinémathèque un objectif principal de son action. En 1989, la cinémathèque voyait le jour. Elle s’est appuyée sur le fond de films qui existait déjà au FESPACO depuis les années 60. Février dernier, lors du quarantième anniversaire de ce festival, la cinémathèque fêta ses vingt ans d’existence et faisait le bilan de son action.
Parmi les 2000 films recensés, certains sont vraiment des perles rares ; des films des années 1920 - 1950 tournés dans les colonies africaines comme la croisière Noire, de Léon Poirier;1925); d’autres films didactiques produits en Afrique dans les années 60 pour traiter des thèmes sur les efforts de construction des pays indépendants : l'agriculture, la santé etc.… En outre, elle contient des films d'auteurs représentatifs des cinématographies africaines : la cinémathèque possède par exemple la quasi totalité des films de Sembene Ousmane, de Djibril Diop Mambéty entre autres….
Le service de documentation de la cinémathèque est aussi un autre grand trésor de l’imagerie africaine. Y sont déposés plus de 6000 photos de films et de festivaliers, plus de 500 affiches de films etc.…. Il semble que cette partie a heureusement été épargnée par l'inondation.
Un travail de Titan avait été fait, et il est encore à refaire. Il semble que l’image de Sisyphe colle mieux aux professionnels du cinéma en Afrique. A chaque fois qu’ils réalisent quelque chose, ils sont obligés par un coup du destin : parfois c’est de la politique, parfois c’est l’économie mondiale… Cette fois c’est la nature qui prend sa part dans la persécution des artistes africains. Pour le moment le temps est à l’évaluation des dégâts, la récupération des films endommagés, la reconstitution du matériel technique… Il va falloir beaucoup d’énergie et de bonne volonté pour sauvegarder ce patrimoine africain et humain. Mais c’est peut-être là un moment de méditation sur les conditions meilleures pour la sauvegarde de ce patrimoine. Ces inondations auront été le mal qui aura permis de se rendre compte de certaines failles dans la structure qui existait. Le coup qui ne tue pas, dit-on, rend fort.

Le cinéma, oui … et la télévision !!!

Depuis quelques mois, le milieu cinématographique a connu une agitation particulière. Alors que la commission d’aide à la production siégeait pour l’attribution des fameuses subventions annuelles, les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel ont provoqué un débat autour de l’organisation du secteur. D’aucuns se sont retrouvés dans une commission nationale de réflexion, d’autre ont créé un collectif de jeunes professionnels de cinéma qui s´est érigé en une force de proposition. Chacun essayant de faire entendre sa voix et de faire des propositions. Lesquelles tournent autour de deux idées principales et qui ne cessent de revenir depuis le démantèlement de la SATPEC : une Cinémathèque et un Centre National de la Cinématographie.
Cette dynamique vient à un moment où notre pays connait beaucoup de changements au plan de la réalité que l’institution se doit de suivre. Le débat est en effet engagé au sein des structures ministérielles qui restent à l’écoute des différentes voix. La société civile continue de bouger aussi sur plusieurs axes. Le syndicat des Techniciens du Cinéma et de l’Audiovisuel œuvre de son côté pour définir le statut et les conditions de travail en fonction des nouvelles donnes du secteur : le développement de l’enseignement de l’audiovisuel et la multiplicité des chaines de télévision. L’Association Tunisienne pour le Promotion de la Critique Cinématographique a organisé il y a quelques jours, une table ronde autour du bilan cinématographique de l’année passée. Une remarque particulière à été faite quant à la dynamique provoquée par les jeunes cinéastes en parallèle avec les voix traditionnelles de la production. Il a été rappelé, à titre d’exemple, que l’année 2009 a vu la production de 51 courts métrages. Un record historique.
Il est vrai que l’institution est obligée de suivre le cours de la réalité par une sorte de mise à jour. Un projet de réforme totale du secteur s’avère de plus en plus indispensable face aux défi du moment. Mais une telle réforme ne peut se faire sans l’implication de la télévision. Depuis le début de la politique de privatisation du secteur de l’audiovisuel, les chaines ne cessent de se multiplier sous nos cieux. Or, non seulement la chaine nationale s’est petit à petit désengagé de son soutient traditionnel au cinéma, mais les nouvelles chaines ignorent totalement toute possibilité d´intervention. Il est peut-être temps que celles-ci soient impliquées dans la grande dynamique de l’image dans notre pays.
Même le projet des téléfilms lancé il y a quelques années et avait donné un souffle extraordinaire au secteur s’est vite évaporé suite au grand projet de réforme que l’ERTT avait connu. En l’espace de deux ans on a vu apparaitre plusieurs films dignes de tout intérêt fait par des cinéastes confirmés comme Abdellatif ben Ammar, Moncef Dhouib, Khaled Barsaoui, Naceur Ktari… Mais cette politique s’est arrêté subitement sans laisser de grandes conséquences structurelles parce qu’elle ne s’était pas installée dans la durée. Ce projet reste pourtant toujours d’actualité. C’est là une orientation qui mérite toute réflexion et qui nécessite une coordination entre le ministère de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, le ministère de l’enseignement supérieur, le ministère de l’emploi, les chaines de télévision et les organisations cinématographiques.
Partout dans le monde entier, la connexion entre cinéma et télévision est presque naturelle, et ce à plusieurs niveaux : coproduction, promotion, diffusion,… Ceci n’est pas seulement dans l’intérêt des films, ni celui des chaines de télévision, mais surtout de la place que notre propre image authentique doit occuper dans les grilles des chaines tunisiennes. Lesquelles sont uniquement des marchés pour des productions dramatiques étrangères : turques, syriennes, égyptiennes, etc. Or, nous nous devons d’occuper la place qui nous est due. Pour cela les mesures sont bien connues : la participation des télévisions dans la production par le financements sous forme de préachat, les cotas de diffusion du produit dramatique national sur les ondes, l’incitation législative et fiscale des chaines privées pour investir dans la production dramatique.
La bataille de l’image ne peut se faire sur un seul front. Le développement du cinéma ne peut se faire indépendamment de l’implication de tous les intervenants dans la production et dans le marché de l’image. Or, il semble que nos chaines de télévision se développent sans aucune relation structurelle avec le cinéma. Il y a bien beaucoup d’intérêt pour tout le monde que de conjuguer les efforts dans le but de conquérir un espace sans lequel on risque de fondre dans un flux impitoyable d’une image sans identité, sans personnalité.

Friday, 28 August 2009

Venise, des Couloirs et des Boulevards

Le festival de Venise est l´un des quelques grands festivals de cinéma qui restent ouverts au cinématographies du Sud, notamment celles venant d´Afrique et / ou du Monde Arabe. La 66ème édition qui se tient du 02 au12 septembre 2009 ne déroge pas à cette orientation salutaire.
Le cinéma égyptien sera cette année à l’honneur à travers Yousri Nasrallah. Le Dauphin de feu Youssef Chahine se présente comme le chef de file du cinéma d’auteur en Egypte, le pays arabe où l’industrie cinématographique pèse de tout son poids faisant ainsi la pluie et le beau temps au bonheur et au malheur des cinéastes et artistes du septième art. Son combat pour le cinéma d’art et essai lui vaut une reconnaissance internationale bien méritée. Cela se traduit cette année par une sélection officielle en hors compétition de son dernier opus Ehky Ya Schahrazad (Raconte Schehrazad). Il se présente aux côté de grands noms du cinéma mondial comme Abel Ferrara, John Lasseter, Oliver Stone, Steven Soderberg,…Par contre on trouvera un autre Egyptien en compétition, Ahmed Maher avec El Mosafer.
La Tunisie aussi sera au rendez-vous de cette édition du Festival de Venise. Après Abdellatif Kéchich, Raja Amari prend la relève pour défendre les couleurs nationales sur le Lido. Après le succès de son premier long métrage, Satin rouge, la « benjamine du cinéma tunisien» confirme son talent avec La Berceuse ce long métrage qui lui ouvre les portes de Orrizonti, l’une des sections parallèle de la biennale et qui est dédiée au nouveaux talents du septième art.
Dans ce film, l’auteur de Satin Rouge semble fidèle à son style. Comme dans ses courts métrage, et son premier long métrage, elle cherche à peindre des portraits féminins tout en finesse. La Berceuse est l’histoire de trois femmes résidant dans les quartiers déserts des servantes dans une grande maison. Le calme de leur vie quotidienne est troublé par un jeune couple qui s’installe dans l’enceinte principale de la maison. Les trois femmes décident de ne pas manifester leur présence. Mais Aicha le cadette, se prend d’affection pour les nouveaux locataires.
L’histoire semble attrayante et promet une grande profondeur psychique des personnages. Le traitement cinématographique aidera-t-il Raja Amari à s’imposer face à des ténors comme l’Allemand Werner Herzog, et Alexandr Sokurov pour ne citer que deux noms ?
Les toutes dernières années ont vu le passage glorieux de quelques cinéastes qui depuis ont pris place parmi les grands noms du cinéma mondial. Nous citerons volontiers le Tchadien Mahamet-Saleh Haroun avec Daratt, la saison sèche, le Tunisien Abdellatif Kéchich avec La graine et le Mulet et l’Ethiopien Hailé Gérima avec Téza. Non pas seulement ces cinéastes ont participé à la compétition officielle mais aussi ils ont vu leur talent reconnu et récompensé.
En attendant que le palmarès de 2009 livre ses secrets on continuera d’espérer que nos films quittent les petits couloirs des rendez-vous cinématographiques et empruntent les voies des grands boulevards.

Hergla, cultiver l´ouverture

Les 5èmes Rencontres Cinématographiques de Hergla ont laissé une impression spéciale cette année. La manifestation a connu une grande métamorphoses et de par le nombre des partenaire qui s’est enrichi par de nouvelles institutions, et de par le nombre et la qualité des invités. Tout concourt pour confirmer l’orientation que cette jeune manifestation a prise et continue de suivre. Outre la programmation désormais traditionnelle de courts métrages et de documentaires d’Afrique et de la Méditerranée, l’édition 2009 a voulu marquer l’esprit d’ouverture sur le Nord. Cette manifestation organisé avec le soutien du Ministère de la culture et de la sauvegarde du patrimoine a vue cette année l’implication des instituts culturels étrangers qui ont intervenu sur des rubriques pensées avec une grande pertinence. Ainsi, cette cinquième édition aura réussi le pari qui préside à la création de cette manifestation : la rencontre entre les artistes, les amateurs des arts et l’échange entre les cultures. En témoigne non seulement la multiplicité des partenariats, mais aussi l’hétérogénéité et la richesse de la programmation. L’esprit d’ouverture est cultivé à plus d’un niveau : implication d’artistes et d’invités divers horizons Allemagne, Italie, France, Niger, Mali, Algérie, Bénin, Tunisie… L’ouverture se retrouve aussi au niveau de la diversité des forme artistiques. Conçue comme une manifestation cinématographique, les rencontres s’ouvres aussi sur toute forme d’art enrichissante et susceptible de répondre à la soif de culture qu’on ressent chez la jeunesse.

Saturday, 25 July 2009

Mohammad Bakri à Hergla


Il y a quatre ans nous recevions Mohammad Bakri en tant qu’invité d’honneur des Rencontres Cinématographiques de Hergla. Il venait alors présenter son film dédié à Emil Habibi, Depuis que tu es parti. La programmation de Zahra, son nouveau documentaire dans cette 5ème édition de la manifestation est tout simplement naturelle. C’est que Bakri et son œuvre représentent des valeurs que nous cherchons à promouvoir. Outre son humanisme, c’est un artiste au talent incontestable. Aussi bien au théâtre qu’au cinéma, il excelle en tant qu’acteur mais aussi en tant qu’auteur de ses propres oeuvres.
Né en 1953 en Galilée, Mohammad Bakri est fatalement confronté aux frontières physiques, intellectuelles, spirituelles les plus absurdes qui puisse exister. Il travaillera avec les meilleurs réalisateurs des deux côtés : Amos Gitai et Eran Riklis d’un côté, Michel Khleifi et Rachid Masharaoui) avec qui il partage le sens de l’engagement pour les valeurs humanistes pures.
Après des études de littérature arabe, Bakri se lance dans une carrière de Théâtre. C’est là qu’il commence à jouer dans des adaptations de grands auteurs dont notamment Federico Garica Lorca. Très vite il montera ses propres pièces : il écrit, interprète et met en scène. Outre ses textes à lui, il adaptera des œuvres d’écrivains très connus comme Emil Habibi, Saadallah Wannous, Tayeb Saleh, Arthur Miller. Ayant plus d’une corde à son instrument, Mohammad Bakri est acteur, comédien et réalisateur. Pour chacun de ces talents, il a reçu plus d’une consécration. Il est récompensé presque partout où ses films passent : Locarno, Valence, Carthage… En tant que réalisateur il est très vite reconnu comme l’un des meilleurs documentaristes du monde arabe. Avec Jenin, Jenin, il remporte le grand prix à Carthage en 2002. Il réitère son succès au même festival en 2006, avec Depuis que tu es parti…

Wednesday, 22 July 2009

Mustapha Alassane à Hergla


Il est plus que de l’ordre naturel des choses qu’une manifestation comme les Rencontres Cinématographiques de Hergla (05-09 août 2009) décide de rendre hommage à quelqu’un comme Mustapha Alassane. Non seulement le cinéaste nigérien est l’un des pionniers du cinéma en Afrique, mais aussi et surtout il est le père de l’animation dans le continent noir. S’il est difficile pour le cinéma en Afrique d’exister, il l’est encore plus pour un genre comme l’animation. Selon l’ordre des priorités, cela vient largement derrière tant d’autres. C’est à ce titre que notre manifestation décide cette année de consacrer une partie de son programme à ce symbole du huitième art africain. Cela est d’autant plus symbolique que dans le même programme figure un autre nom mythique de l’animation qui vient de l’Allemagne, Lotte Reiniger. Car ceci est aussi la vision de cette manifestation ; faire rencontrer des cultures, des univers artistiques de différents horizons.
Ce ne sera jamais assez lui reconnaître sa juste valeur de dire de Mustapha Alassane qu’il est l’un des pionniers du cinéma dans le continent noir. Son parcours à lui est vraiment à part. Alors qu’il était mécanicien, rien ne le destinait naturellement à un tel sort d’artiste de premier plan, qui plus est dans un domaine marginalisé, le moins que l'on puisse dire. La rencontre de Jean Rouch aurait pu à la limite le pousser à embrasser une carrière de technicien, … peut-être. Au mieux il aurait eu une carrière classique au sens de faire du cinéma comme celui de ses confrères Djibril Diop Mambéty, Sembene Ousmane, Oumarou Ganda. Là aussi il n’aurait certainement pas moins brillé.
Il n’aurait pas non plus, comme eux, manqué d’engagement. On l’entend encore répéter des phrases que cette génération de pionniers aimait certainement proférer : « …. Le cinéma peut et doit servir à modifier la mentalité de la masse. Chacun de mes films touche à la politique, ne serait-ce que parce qu'il suscite un intérêt auprès de la masse et est susceptible de lui faire prendre conscience de sa culture. Je pense que, pour le moment, le cinéma n'a pas suffisamment prouvé au monde que l'Afrique a une culture propre. Il doit pouvoir éveiller la conscience du spectateur sur des problèmes spécifiquement africains et guider l'Afrique dans une direction plus viable. » L’animation pour lui est en effet, l’équivalent des contes africains, tout simplement « édifiante », tout autant, voire plus, que les autres formes cinématographiques.
Non !!! Mustapha Alassane a préféré faire son chemin en solitaire, qui plus est, il était le seul à le faire en Afrique. Démuni de toute formation dans le domaine de l’animation et de l’image et n’ayant aucun aîné sur les traces de qui il aurait pu marcher, il se lance dans le monde du cinéma avec la seule force de sa volonté et le souffle qu’il a eu en côtoyant Jean Rouch. Un passage par l’école canadienne de l’animation plus tard avec son maître Norman McLaren l’arme de la technique nécessaire. Mais c’est à peine s’il en avait besoin de tout cela. Le reste n’est en fait qu’une affaire de discipline, de rigueur, et surtout d’une grande volonté de faire, de construire et de changer les choses.
Il accompagne la vocation qu’il a pour cet art d’une conscience de la nécessité de mettre en place une infrastructure. Car l’inspiration à elle seule ne suffit pas pour faire de l‘art il faut aussi de l’intelligence pratique, et le vieux routard de l’animation africaine m’en manque certainement pas. On penserait qu’il a élu Tahoua, la petite ville au nord du Niger, pour lieu du repos du guerrier. Non, là encore !!! C’est de là que la marche continue. Dans le petit hôtel qu’il possède, il tient son cartier général en transformant quelques-unes de ses chambres en studios et ateliers destinés à la production, mais surtout à la formation.
Avec son fils, qui est fin prêt à prendre le flambeau, et les quelques employés de sa boite de production, il s’est mis aux nouvelles technologies. Il est conscient que cela ne peut que mieux servir un art comme celui de l’animation. C’est ainsi qu’il n’hésite pas lui-même, à l’âge de soixante sept ans, à apprendre les techniques de l’animation assistée par l’informatique.
Il n’avait pas accès à tout cela, déjà en 1962 lorsqu’il n’avait pas plus de vingt ans, quant il réalisait ses premiers courts métrages ; La Bague du roi Koda et Aouré. En cela, il devançait d’une longueur, son frère d’arme, l’aîné des anciens Ousmane Sembene, qui ne réalisera Borom Sarret, son premier court métrage, que l’année suivante en 1963. La volonté lui avait alors suffi. Mais depuis, il en a vécu et fait des choses. Il en a surtout appris et continue d’apprendre encore aujourd’hui humblement et avec cette même volonté.
A son tour maintenant, il vient à Hergla pour transmettre. En lui rendant hommage à travers cette sélection, et en l’invitant à ces cinquièmes Rencontres Cinématographiques de Hergla, nous espérons créer les conditions propices à cette transmission. Les cinéphiles pourront découvrir un brin de son œuvre à travers Le Retour d’un aventurier(1966), Bon voyage Sim (1966) et Kokoa (2001). Ils auront en outre l’opportunité de l’écouter directement lors de la leçon de cinéma dans laquelle il fera part de son expérience et de la vision qu’il se fait de l’Afrique et du cinéma.